Le renard et le chômage, une fable de la Mc Nicoll.

Il était une fois une petite communauté «tricotée serrée», avec du cœur au ventre et à la bonne place. Les hivers y étaient rudes, mais ils trimaient dur et affrontaient toutes les difficultés la tête haute, sans rechigner. Leurs ancêtres étaient des bâtisseurs, qui avaient défriché la terre à la sueur de leur front, avec l’«aide du bon Dieu» de l’époque, la force de leur chevaux sans vapeur, sans hésiter, sans se plaindre et surtout, sans la machinerie contemporaine.

Mais qu’importe, ces rigueurs exceptionnelles ont eu pour effet de ne sélectionner que les individus les plus forts, les plus vaillants, et persévérants, question d’assurer à sa descendance un ADN rempli des gènes des battants.

La vie dans cette communauté était rude, ils ont dû affronter nombre de difficultés. Ils on même connu une crise majeure, qui en a mis vingt d’entre eux au chômage. Vous savez, vingt personnes au chômage sur une communauté d’une centaine personnes, c’est assez dramatique. Mais la solidarité y était une valeur des plus importantes et c’est ce souci du bien des uns, comme des autres, qui les amena à se doter de nouvelles façons de faire. Une idées extraordinaire! Un coussin de sécurité en cas de difficulté, auquel tout le monde contribuera, à la hauteur de ses revenus, et auquel chacun aura accès, si un jour le travail venait à lui manquer. On est tellement plus fort quand on se tient, et plus riches quand on met nos gains en commun.

Au début, cette mesure assura une meilleure qualité de vie à tous. Un filet de sécurité, faisant en sorte que le pire qui puisse arriver, soit moins pire, et qu’un compère qui perd son emploi ne perde rien d’autre, en soi. La fierté dans les gènes leur causait une certaine gêne à s’en prévaloir, préférant le filet de pêche au filet social. Mais prendre soin de sa famille valant mieux que l’orgueil mal placé, on y recourait tout de même, plein de gratitude face au cadeau de la communauté. Parce que si la vie semble plus belle quand on sait «prendre le taureau par les contes» , il est plus facile de l’apprécier quand on arrive à payer ses comptes.

Le coût de cette mesure était très raisonnable, au départ. Mais le temps passait, et la communauté grandissait. Et il allait de soi que les nouveaux membres de la communauté participent à cette mesure dont on s’était doté. Au fur et à mesure que la communauté grandissant, l’argent pour le filet faisait de même. Et ainsi en était-il pour le nombre de demandes d’aide. Avec le temps, on décida qu’il devait y avoir quelqu’un mandaté pour s’en occuper.

Richard prit donc la responsabilité de gérer le programme. Évidemment, cette fonction allait prendre beaucoup de son temps, l’empêchant d’occuper son emploi habituel. Il est donc naturel qu’une partie de l’argent du groupe serve à lui verser un salaire.

Et plus le temps passait, et plus il y avait de gens qui demandaient de l’aide. De telle sorte qu’un jour, Richard, un fin renard, eut une idée. «Créer de l’emploi». Il fit alors passer une motion pour qu’on embauche d’autres employés pour gérer le fonds. Le soulager du surplus de travail et faire baisser le chômage, d’une pierre deux coups. Évidemment, cette aide allait être payée à même le fonds d’urgence. Et comme il y avait beaucoup de chômage, il allait devoir augmenter les contributions de ceux qui travaillent.

Et le temps passait, et les demandes affluaient. Richard voyait souvent les mêmes visages revenir, d’année en année. Curieux, il s’informait : «Ça doit être vraiment difficile d’être sur le chômage à tous les ans…» Étonnamment, une grande majorité du temps, les gens répondaient qu’ ils étaient satisfaits de leur condition. Que «la nature même du métier et les tâches qu’ils doivent y effectuer ont été les motivations déterminantes au moment de postuler pour un travail saisonnier. Par ailleurs, de manière dominante, ces travailleurs ne recherchent pas un emploi annuel

 

S’il était surpris des réponses, Richard ne s’en formalisait pas, se disant qu’après tout, ce ne sont pas ses affaires, et que de toute façon, les nombreuses demandes justifiaient son nouvel emploi, nettement moins exigeant que le précédent.

Et le temps passait, et l’économie se portait mieux. Il y avait un peu moins de demandes d’aide. Alors un membre de la communauté fit remarquer que Richard n’avait peut-être plus besoin de tous ces employés supplémentaires, payés à même le fonds d’urgence, pour faire son travail. Mais Richard, fin renard, ayant senti le coup venir, avait décidé de se syndiquer. Ainsi, il «protégea ses acquis».

Quand l’aide vient de notre voisin, lui demander gêne notre fierté, et il a droit à notre gratitude en retour.

Quand l’aide passe par la gouvernement, on crée une industrie de la pauvreté et on exige l’aide de façon arrogante…

Comme si l’argent ne venait plus de notre voisin…

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